Mardi 06 Mai 2008
Who's fault ?
Je crois que je vais avoir besoin d'une petite remise en question.
Par exemple, réaliser que des gens peuvent s'intéresser à toi, et non seulement l'inverse.
Comprendre que se reposer sur ses acquis, ça craint, surtout parce que des acquis ça s'entretient.
C'est vrai que je suis un peu euh, triste, de me sentir coupable maintenant, parce que si on y réfléchit, je suis mal depuis le moment où l'état de mon grand-père a commencé à vraiment se dégrader, et ça peut expliquer ma tête ailleurs et toutes ces erreurs amicales que j'ai pu commettre.
Je ne sais pas si je passe mon temps à chialer parce que je suis perdue, parce que je m'en veux de pas agir comme une personne attentive, ou parce que je me mets trop de pression et je ne sais pas comment faire mon deuil. Je crois que tout ça est lié parce que ce qui bloque c'est que je voudrais en parler à des gens, mais que jamais je ne serai capable de parler de ça. L'épisode de Scrubs que j'ai regardé où JD perd son père et les autres savent pas comment lui parler, ben c'est ça. Sauf que je suis celle qui perd quelqu'un mais avec le problème des potes dans la série qui sont incapables de communiquer leurs émotions.
Je crois qu'il faudrait me faire boire.
(Parce que je commence vraiment à me demander si j'arriverai à me sortir la tête hors de l'eau un jour, dans les conditions actuelles.)
Lundi 05 Mai 2008
Oh putain
--> Prise de conscience progressive
Finalement c'est de se rendre compte que les amis proches ne sont pas là, qui est si douloureux. Je ne parle pas du fait de pas pouvoir compter sur eux, non, je veux dire physiquement, la distance, et tout ça.
Mes amis vivent un peu partout et... les quelques plus importants sont en Belgique, dans les Alpes ou... juste à Paris. Mais bizarrement c'est pareil. Le fait de pas pouvoir passer à l'improviste, qui gâche tout. De pas se voir tout le temps sans prévoir, de pas pouvoir débarquer par hasard au moment où ça va mal, et écouter ce que l'on ne peut dire qu'à vif.
Oui. Le truc c'est que je suis totalement seule, finalement. Personne ne m'appelle jamais et je ne suis pas sûre d'aimer raconter ma vie au téléphone. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je fais le premier pas vers tout le monde, je prends tout sur moi, la culpabilité, je me dis que c'est de ma faute, toujours. Et j'ai l'impression pour la première fois que... tout cela n'a pas de réciprocité. Je n'en ressens aucune colère, je suis juste triste.
Vraiment triste.
Dimanche 04 Mai 2008
Mise au point
De toute façon, un jour, on n'aura plus besoin de s'inquiéter pour moi.
Même si j'aurais aimé m'inquiéter un peu mieux pour toi...
Il vient de me faire pleurer avec ça, ce con.
C'est sorti d'un coup de tonnerre.
J'y pensais dans la voiture, et en fait, je ne sais pas comment affronter ce retour. Les vacances étaient super, j'ai pu m'aérer, en Espagne comme en Bretagne. Je n'ai pas vu trop de monde, et j'avoue avoir fui le peu de copains avec qui j'aurais pu passer du temps.
En Bretagne j'étais un peu perdue, je pouvais pas aller sur la tombe de Tad parce qu'il n'était que provisoirement placé là, sans nom sur la dalle. Je devrais pas avoir besoin d'un endroit pour me recueillir, et pourtant ça a fait que je n'y ai pas vraiment pensé. Résultat c'est hier soir que j'ai soudain pleuré toutes les larmes de mon corps. Sans possibilité d'aller au cimetière ou au bord de la mer, toute seule, pour penser à lui, puisqu'on partait le lendemain matin et qu'il était déjà tard.
Mais ce n'est pas grave, je n'ai pas de regrets.
En fait ce qui m'inquiète, c'est que je suis totalement paumée socialement. Ca fat un mois que j'évite les gens, que je ne sais plus quoi leur dire, que dans la rue je ne vois plus personne alors que d'habitude je suis si attentive que je remarque le moindre détail.
Je sais pas si je dois m'excuser auprès de L., je ne sais même plus ce que j'ai dit ou fait, dans quel état j'étais. Je crois que je suis allée trop loin, mais que j'étais blessée. Je ne sais plus vraiment pourquoi. Je pense que j'avais besoin de quelqu'un sur qui m'appuyer vraiment, et qu'il n'y avait qu'elle pour ça. Et qu'elle n'a pas vraiment été là. Ou alors je n'ai pas su exprimer que ça m'importait beaucoup de la voir seule à seule, de sentir qu'il y avait quelqu'un pour moi. J'ai apprécié l'attention des M., mais c'était de L. que j'avais besoin, simplement parce que je pensais que c'était mon amie la plus proche.
Putain.
Ca fait drôle. Je viens de comprendre ce que je viens d'écrire. Je veux dire, je ne savais pas ce qui clochait, pourquoi j'étais si agressive, et je viens de réaliser que c'était juste ça. Je ne me suis pas sentie soutenue par une des personnes les plus importantes pour moi.
Je sais que c'est dur, parce qu'aucun de mes amis n'exprime vraiment ses sentiments avec moi, comme je ne les exprime quasiment jamais en face, alors forcément, on a l'habitude d'être là sans un mot et sans une présence physique, juste dans la tête, mais là ça ne suffisait plus. Et c'était à moi de le faire comprendre, je n'ai rien à reprocher à personne.
Mais peut-être que de comprendre ce qui n'allait pas va me permettre de redémarrer...
J'aimerais me rapprocher de M. et M., profiter pleinement des "soirées pyjama", voir plus souvent M. aussi (trop de M, je sais, mais je m'y retrouve, merde), peut-être, qu'on apprenne à se confier. Même, savoir dire des choses à L. entre deux boutades et coups de coude, parce que je crois qu'il est un peu le mec que j'aime le plus, en tant qu'ami.
Bref, j'aimerais renouer mes liens sociaux, réapprendre à parler, à rire de tout, à être légère et à vivre pleinement, tout voir, tout entendre, être attentive surtout, parce que je me déteste sinon. Je suis censée être la fille attentive qui comprend, ou du moins qui se met à la place de, et perdre ça c'est me vider entièrement.
Mardi 15 Avril 2008
Somebody help me...
En fait ça ne va pas du tout.
Je ne suis plus bonne à rien. C'est la première fois que je reporte tous mes devoirs, sans réussir à m'en sortir en speed la veille au soir, mais m'en sortir quand même. Là je m'enfonce dans une sorte de marécage dégueulasse et j'arrive pas à émerger.
La mort de mon grand-père agit d'une façon beaucoup plus vicieuse que ce que j'aurais cru. Je pensais avoir à vivre un moment d'intense douleur, à pleurer non stop. Alors que déjà, il y a eu une période de gestation, ça a évolué progressivement... Et puis je ne pleure pas tout le temps, je ne pleure pas, en apparence, pour ça, mais parce que je suis crevée, débordée, parce que je suis vide et que je ne sais pas comment je vais faire tout mon boulot. Alors personne n'est dupe, même pas moi, toutes ces raisons sont les conséquences de sa mort..
Je voudrais tellement pouvoir prendre le temps, de l'accepter, pouvoir me reposer, mais non. Je dois d'abord rendre tous mes dossiers, et ça me bousille de l'intérieur. Je n'ai la force ni de les faire, ni de penser à mon grand-père. Tout reste flou et hybride.
Je suis en train de tomber malade, en plus, tellement tout mon corps n'en peut plus.
Je me demande comment je vais arriver jusqu'à vendredi.
Déjà, heureusement, je ne vais pas aller beaucoup à la fac cette semaine, alors ça m'évite de ne pas trouver quoi dire aux gens. De fuir en solitaire. D'être complètement dans les vapes sans un mot d'humour.
Moi qui avais envie d'aller à la fac pour voir les copains, avant, maintenant l'idée d'être dans un cours avec des gens que je connais me donne la gerbe...
Et j'ai peur dès que je dois voir des amis.
Putain Bruno j'aimerais tellement que tu me prennes dans tes bras et que tu me berces lentement. J'en peux plus.
Je n'étais jamais tombée... comme ça.
Lundi 14 Avril 2008
Putain de merde
C'est vraiment n'importe quoi et ça n'a plus l'air de coller.Plus question de venir continuer en droit, il part dans tous les sens, il veut venir pour moi et seulement pour moi, et je n'veux pas ça. Je n'veux pas qu'il débarque et trouve un boulot pour se payer une école de photo. Non. C'est trop aléatoire et je vais continuer à m'inquiéter.
J'en peux plus et je sais plus comment lui expliquer que ce n'est pas la solution.
Ca tombe au mauvais moment, je suis déjà en train de me demander depuis hier comment je vais remonter, comment je vais éviter la vague de déprime qui commence à m'assaillir, comment je vais faire pour ne pas me laisser submerger par tout ça, et voilà qu'il ajoute à la tristesse et au surmenage une angoisse de plus.
Je ne sais pas comment je vais faire pour ne pas péter un câble.
Et j'avoue que je ne sais pas ce que je vais faire avec lui.
Tout à l'heure j'ai piqué une crise de nerfs parce que j'ai lu son message comme une allusion suicidaire, et c'était trop, beaucoup trop, qu'il ne réponde pas, j'ai paniqué et j'avais la gerbe, et je me disais quel égoïsme, putain, quel égoïsme, est ce que quelqu'un va enfin réaliser que la mort de mon grand-père me touche au plus près, comme celle d'un père, d'une mère, d'un ami ou d'un amant.
Je craque.
Je ne peux pas lutter sur tous les fronts et ça va forcément péter quelque part. Je t'aurais voulu comme soutien et tu n'es qu'un gamin que je dois coacher. Je ne veux pas de gosse maintenant, bordel !
Samedi 12 Avril 2008
I don't know what to do with myself.
Il me manque déjà tellement.Comment vais-je faire pour vivre de nouveau, pour réussir un retour à la normale ?
Mais peut-être qu'après tout, je ne dois pas me laisser happer par le quotidien.
Je dois trouver un moyen de m'en sortir autrement.
Et de vivre à fond, pour lui, pour moi.
J'aurais tellement aimé qu'il me voit grandir un peu plus.
Qu'il me laisse le temps de lui montrer combien je l'admire et je l'aime.
Je pensais sincèrement avoir dix ans devant moi avant d'avoir à y penser.
Mais toi aussi tu l'espérais. Tu étais si dynamique, il y a à peine plus d'un an tu partais des heures sur ton voilier, tout seul, tu étais le plus heureux des hommes.
La vie est injuste. Mais je ne veux pas en vouloir à quelqu'un, à tout le monde.
Je veux juste réussir à l'accepter, et vivre avec ton absence.
Lundi 07 Avril 2008
Because the night belongs to love
Il faut que je dise, quand même, combien j'ai apprécié le silence pudique des proches, les mots justes aussi, de personnes que j'aime, mais qui étaient encore dans le flou, amis ou copains, proches ou non, et qui ont franchi la barrière d'indécision grâce à leur attention, leur envie d'être présent, qui m'ont montré qu'ils étaient disponibles pour moi.
J'ai été très touchée par ça.
Mais je ne supporte plus les mots brusques, les mots crus et emplis de raisons, il me faut du sentimental, de l'empathie plutôt, quelque chose de plus personnel et de plus détaché à la fois.
J'ai envie de prendre ma grand-mère dans mes bras, perpétuellement. J'ai envie de faire taire mon père et ses conseils, même si je sais qu'il dit ça parce qu'il le pense, parce que lui aussi est très touché, mais qu'il arrive à vivre, j'ai envie d'être seule avec Mamine et qu'en un regard elle comprenne que je sais, pourquoi elle court partout, pourquoi elle fuit, pourquoi ses cernes. Je crois que j'ai réussi. Je veux bien être son pilier. Je me sens assez forte pour pleurer avec elle sans m'écrouler. J'ai peur de la laisser seule, bientôt, de la laisser apprendre la solitude, j'ai peur qu'elle n'y arrive pas et qu'elle s'éteigne. Mais je ne peux rien d'autre que surveiller, rester à l'écoute, et la voir souvent.
Je l'aime de plus en plus, ma grand-mère, ma famille aussi, depuis ta mort, Tad.
Jeudi 03 Avril 2008
Et maintenant, que vais-je faire ?
Hier soir.
On est arrivés trop tard à l'hôpital. Je ne comprenais pas pourquoi j'étais si sereine, sur le chemin, si peu émue. J'avais envie de me lacérer pour enfin pleurer.
Mais c'est bête. Quand l'infirmière a parlé, tout de suite, c'est venu. Les larmes.
On est entrés dans la chambre, je pensais que j'aurais peur, j'ai toujours cru que j'avais peur des morts. Mais en fait, c'était immensément émouvant. Terriblement triste, et douloureux, aussi. Mon père le visage tordu par la peine, et nos larmes. Ma grand-mère est arrivée après, et j'appréhendais sa venue. Elle ne savait même pas avant d'entrer dans la chambre. En cinq minutes, elle est passée de femme forte à forme ratatinée, poussant des petits cris d'animal blessé. On s'est tous pris dans les bras, et je n'avais jamais vécu ça avant.
Quand mon père, hier, a dit qu'ils partaient à l'hôpital, j'ai demandé si je pouvais venir, et ma mère a répondu "Je crois pas que ça soit une bonne idée.", mais heureusement mon père a dit qu'il fallait que je fasse ce que je sentais. Et c'est ça, j'ai senti que je voulais y être, j'ai hésité un millième de seconde, clouée par la peur, mais je le savais, que je devais être là-bas. Le voir. Le pleurer. Je ne regrette pas.
J'ai un besoin insatiable de le voir. Quel retournement de situation... Mardi j'irai à la mise en bière. Tant pis si ça fera déjà plusieurs jours. Je veux le voir, lui dire au revoir. Je crois que je me raccroche à son corps. Il va être incinéré, et il va bien falloir que je m'y fasse. Mais de toute manière je ne veux pas qu'on ferme le cercueil avant de l'avoir vu une dernière fois.
Je pleure toutes les larmes de mon corps, par intermittence, ça revient sans prévenir. J'ai des souvenirs qui remontent, des images de lui, la dernière fois qu'il m'a regardée, que je serrais sa main. Je mets maintenant des mots sur l'amour que j'ai pour lui. C'est vraiment un des hommes de ma vie. Son côté ronchon, son petit sourire malicieux et ses yeux plein d'ironie, sa manie de m'appeler "ma poulette", qui me faisait tant rire, et qui était le plus affectueux des surnoms. Les fois où je l'appelais "mon poulet", pour le taquiner... Je l'aime comme un homme idéal, comme un grand-père que j'admire, grâce à qui je suis devenue comme ça, de qui je tiens mon caractère de cochon et mon petit sourire en coin.
Il est tellement... tout. Il va laisser un grand vide. C'est bizarre comme le quotidien aspire la peine, comme on peut oublier, momentanément, qu'il est parti à jamais, en regardant la télé ou parlant avec des gens. Parce qu'il faut bien s'occuper, ne pas penser qu'à ça. Mais ça revient dès que je suis seule. Dans le train ou dans mon lit. Je pleure, mais je ne souffre pas. Pas trop. Je suis juste terriblement triste qu'il ne soit plus sur terre avec nous.
J'ai eu envie d'en parler toute la journée à quelqu'un, mais en fait, je crois que les gens de mon âge n'attachent pas trop d'importance à la mort d'un grand-parent. Ou alors je suis trop exigeante. Mais chaque appel m'a un peu déçue. J'étais vraiment très proche de Tad. J'ai perdu une des personnes que j'aime le plus au monde. Je sais maintenant que je vais vivre avec, mais je suis vraiment pas dans mon état normal pour le moment, complètement à la masse avec des réponses décalées et indifférentes. Il faut juste le savoir.
On va aller à St Pabu la semaine prochaine, pour disperser ses cendres sur l'Aber. Ca me réjouit. Je ne voulais pas qu'il ne soit pas amené à St Pabu. Je suis contente d'y retourner pour lui.
Mercredi 26 Mars 2008
Pourquoi papa a dit "bonne nuit" ?
Mon père nous a mis la pression, dans la voiture. Il faut lui transmettre du courage. Ses histoires de Pâques et de vie éternelle, ce n'était pas le moment pour ruer dans les brancards, d'ailleurs dire que je n'y crois pas, ça lui aurait fait trop de mal, ça l'aurait fait douter... La mort n'est qu'une transition, il a dit, un changement d'état. J'aimerais y croire. Je ne sais pas ce que je crois vrai. Je ne sais pas quoi penser, alors j'évite.
En tout cas, il a dit qu'il avait conscience que c'était la fin maintenant. Et il a ajouté que parfois il éclatait en sanglots. Ca m'a fait peur. Qu'il fallait lui sourire pour le rassurer.
Je suis quand même entrée dans la chambre en serrant les poings. Il dormait d'un sommeil difficile. Bouche ouverte, yeux clos, plus de parole possible. Sa respiration s'arrêtait d'être bruyante, parfois, et à chaque fois je croyais qu'il mourrait devant moi. Je ne voulais pas.
Il m'a regardée, quand on allait partir, sans pouvoir bouger la tête, mais quand je me suis approchée pour l'embrasser, et que j'ai cherché sa main, il l'a soulevée vers moi. Je n'avais jamais eu de geste aussi tendre avec lui. C'était extrêmement émouvant. Son regard bleu, un peu vide, comme s'il ne vivait pas vraiment le moment, et en même temps cette main serrée, ce baiser où il se concentrait, tout ça qui me disait qu'il savait ce qui se passait.
Après que mon frère l'ait embrassé aussi, mon père s'est approché de nouveau. Et là... mon grand-père a attrapé la main de mon père, dans un élan de désespoir, et il a commencé à pleurer. Mais ces sanglots violents d'enfant terrorisé. Mon père nous a dit de sortir, mais c'était trop tard. J'ai vu sa peur dans ses yeux. J'aurais voulu rester toujours près de lui. Je n'aurais pas su quoi lui dire. Il sait qu'il va mourir, maintenant, mais il est terrorisé. C'est horrible. Il est tout seul à l'hôpital et personne n'est là. Même quand la famille vient le voir... comment rassurer quelqu'un qui va mourir ? Ca n'a rien à voir, de penser ça de l'extérieur.
J'ai éclaté en pleurs en sortant de sa chambre. Je n'oublierai jamais son air. J'aurais tellement aimé qu'il accepte la mort avec sérennité, comme un bon catholique qui croit en sa résurrection. Mais Tad a peur. Tad ne veut pas mourir, et je ne veux pas non plus. Pourtant c'était peut-être la dernière fois que je le voyais...
Lundi 24 Mars 2008
Tu t'en vas
C'était trop beau ce week-end. Pourtant, j'avais des doutes, j'allumais mon portable régulièrement, au cas où mes parents me donneraient des nouvelles. Rien. Mais je sentais que cela pouvait arriver. Et tout à l'heure, ma mère a attendu que je commence ma part de gâteau au chocolat pour m'expliquer que mon grand-père n'allait plus bien, plus bien du tout. J'aurais voulu vomir, tout à coup.
Je sais à peine comment réagir. Il faut que j'aille le voir, le temps nous est compté, mais j'ai si peur, si peur de le voir dans cet état qu'on m'a décrit. Et puis je voudrais qu'il meure vite, pour ne plus souffrir, mais c'est si dur à dire, et à penser. Il ne se rétablira plus, je crois, je l'ai compris dans les yeux rougis de ma mère, et l'attitude de mon père, zombie, qui est si fatigué, si triste en permanence, que j'en hurlerais de douleur.
C'est fou comme j'aime mon grand-père. Je l'ai toujours admiré. J'ai toujours été fière qu'il m'adore, qu'il m'appelle sa poulette. Qu'il m'accorde ses sourires en coin, les yeux blindés d'ironie. Cette ironie qui est dans mes yeux maintenant. J'ai très peur de sa mort, très peur de ne pas savoir comment assumer ça. Je ne sais pas encore de quelle violence sera le coup au coeur que son décès me portera. Je me prépare à avoir très mal, mais j'ai peur que ce que j'imagine ne soit rien à côté de la très proche réalité...
Tous les projets sont mis en veille pour lui. Hier, ça m'attristait, qu'ils parlent de ce grand-oncle de 96 ans en pleine forme, mon grand-père aurait du être comme ça, c'est ce qui était prévu. Et la grand-mère de Bruno qui survit au cancer depuis 18 ans. La fierté de son mari quand il a dit ça. J'ai souri, avec un pincement au coeur.
C'est trop injuste. Tad est si fort, et pourtant, il est dépassé. Terrassé. Il méritait une meilleure mort. Il a si bien vécu, il méritait vraiment autre chose.
Lundi 03 Mars 2008
Crise
Je craque. J'ai tellement mal au ventre que je pleure au dessus d'une bassine. Aussi parce que tu as raccroché pour regarder Zorro, alors que moi je peux pas envoyer de messages, et que je souffre, et que je me sens seule et déprimée.
Je pète un câble, je sais même plus si on peut appeler ça pleurer, je crois que c'est une crise, j'ai trop de mal à respirer.
J'arriverai pas à dormir si je vomis pas. J'arriverai pas à vomir.
Je sais pas quoi faire.
Je me sens pas bien du tout. Même mentalement. Je suis paumée. J'en ai marre que rien ne tourne jamais rond.
Mercredi 13 Février 2008
Le temps, le temps, le temps, d'attraper la rage
Je saigne du nez. Narine gauche, celle qui ne peut plus saigner, celle qu'on a cautérisée, j'avais dix ans. Celle qui ne devait plus jamais saigner de toute la vie du monde entier. Je m'en fous de savoir que ce même médecin a opéré mon père deux fois sur la même oreille, ou des trucs dans le genre. Moi il m'a pas ratée, et c'est pas anodin si je saigne. D'ailleurs ça me fait encore plus mal, ça me fout encore plus la gerbe. J'ai vu que je saignais quand j'étais penchée au dessus du lavabo pour vomir, et qu'y a que la salive qu'a bien voulu sortir. Pourtant les hauts-le-coeur étaient réels. Je sais pas si mon frère méritait tout ce bataclan. Je pense pas, c'est qu'un petit con et faudrait pas s'attacher à ses paroles. Mais moi c'est tout qui me dégoûte, le mépris de sa voix, les accusations injustifiées, le fait de me reprocher de jamais être là alors que c'est pas du tout l'éclat en ce moment dans ma super vie parisienne où je me morfonds. Peut-être aussi l'intervention de mon père qui me gonfle à toujours me reprendre, à qui je voudrais pouvoir dire une bonne fois pour toute "ferme ta gueule et n'essaie pas de me frapper ou m'intimider, je ne suis plus sous ton autorité, je suis libre, et si tu veux je peux même te payer un loyer pour que tu m'foutes la paix". C'est tout simplement les longs dîners d'ennui, mon frère et mon père qui se disputent sur des questions scientifiques, ce même frère qui me reprend d'une voix de monsieur-je-sais-tout quand je parle de quelqu'un chose dans "son rayon", et qui ne veut pas admettre que oui, je peux parler de sciences sans solliciter son intervention. En fait, toutes ces foutues cases dans lesquelles on se retrouve rangés, tout le temps, passant d'une boîte à l'autre soit, mais jamais à l'air libre. Je ne supporte plus cet étouffement, les contraintes de la vie à plusieurs, comme cette putain de douche froide d'hier matin qui m'a arraché des larmes, parce que c'est le seul bonheur du matin, le seul moyen de se réveiller, et là l'eau était gelée, je mourrais de froid, et c'était pire que tout au monde. Je voudrais vivre ailleurs sans attendre. Ils contribuent au vide, à la déprime, à tout ce qui tourne pas rond en ce moment et me rend si crispée toute la journée, la bouche serrée que je me force à relâcher, mais qui se remet dans cette position d'abattement féroce, sans que je puisse rien y changer.
Je rêve d'un ailleurs où l'épuisement ne serait plus, où je vivrais à mon rythme, sans horaires imposés, sans compagnie permanente, juste avec la paix et le choix.
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